L’ergonomie. Une notion de design façonnée dans son essence même par les conditions de vie du corps humain, ce qu’il peut réaliser, comment il se meut. C’est le principe fondateur de la collection Printemps-Été 2027 Louis Vuitton, imaginée par Nicolas Ghesquière. Une relation intuitive s’installe entre l’objet, le corps et le geste. Une harmonie. Entre ces préoccupations contemporaines et l’héritage de Louis Vuitton, une affinité se dessine. Même idéal de légèreté, même essence d’une forme dictée par la fonction, pour faciliter le mouvement, pour voyager. Une pensée qui traverse les époques et les disciplines. Le vêtement ergonomique ne se définit pas par une silhouette extérieure, mais par le corps qui l’habite. Il n’impose pas sa forme : il épouse celle du corps. Rien n’est rigide, tout est fluide, comme une seconde peau qui révèle la physicalité en mouvement. Conçues pour l’action, ces pièces naissent d’un instinct. Elles rappellent aussi que le corps est fait pour se mouvoir, non pour rester immobile. Elles possèdent ainsi une mutabilité innée, une invraisemblable légèreté. Partout, la structure demeure, mais toute rigidité s’efface. Pensées dans la fluidité, matières et silhouettes s’accordent à un corps cinétique. Ni courbes figées ni raideur : le vêtement se conçoit comme une anatomie, suivant des contours sans cesse changeants et se transformant au rythme de ce qui bouge en lui. Un allègement, une sensation de simplicité, une aisance physiologique. Ces pièces qui semblent dénuées de structure sont en réalité de complexes topographies, composées de surfaces en tension qui répondent au corps qu’elles recouvrent. Étoffes et cuirs se posent contre celui qui les porte, évoquant une seconde peau non par l’apparence, mais par la sensation et la fonction. Tout est ultraléger. Les matières défient la physique : mousselines composites doublées ou triplées, soies et cachemires traditionnellement employés pour des foulards ici déclinés en toute une palette de vêtements. Le tailoring traditionnel est repensé, ses couches internes supprimées dans une démarche de réduction et d’épure. La maille dessine les lignes, tandis que les chaussures semblent ancrer ces volumes en apesanteur. Une scénographie de la contradiction, de la rupture. Dans un paysage urbain suspendu, comme figé, des silhouettes singulières avancent à contretemps, légères comme une plume, comme un ballon. L’inertie du paysage souligne le mouvement de l’individu : un corps humain dynamique, pleinement vivant.
DEFILE CHANEL PRINTEMPS-ETE 2027
La Conversation – Troisième partie – Les différentes faces d’une même pièce « L’enfant que je fus est avec moi, aujourd’hui. J’ai réalisé ses projets. J’ai satisfait ses goûts. C’est d’elle que je tiens l’exigence et c’est elle que j’ai su contenter. Aucun être ne m’est aussi proche. Elle me doit tout et je lui dois ce que j’ai pu donner à mon époque. » Gabrielle Chanel* « Tout au long de leur vie, les femmes incarnent plusieurs versions d’elles-mêmes, comme les différentes faces d’une même pièce. C’est comme un cadavre exquis, où une identité en entraîne une autre. Il s’agit des femmes qui se cachent en chaque femme. Et ici, il s’agit d’une femme en particulier, Gabrielle, qui est ensuite devenue Chanel. » Matthieu Blazy La mode est malléable et a un pouvoir transformateur ; elle fait dialoguer le passé, le présent et l’avenir. Les identités qu’elle façonne se déplacent et évoluent ; chez une même femme, elles diffèrent autant qu’elles se répondent. Avec cette collection, Matthieu Blazy, Directeur Artistique des Activités Mode, rend hommage à ces multiples versions de soi dans le dialogue qu’il poursuit avec Gabrielle Chanel. – – La collection traverse les vies de Gabrielle Chanel, de ses débuts à ses dernières années. Elle s’ouvre sur la révélation de sous-vêtements en jersey, puis se poursuit jusqu’au tailleur de l’après-guerre, porté à même la peau comme un parfum. La mode de Chanel s’y révèle plurielle, faite de strates et de cycles où le commencement inspire la fin. Dans la collection, la jeune Gabrielle Chanel devient toutes les femmes Chanel qu’elle incarnera. Chacune porte les autres en elles, comme les strates d’une histoire intime se lisent dans celles des vêtements qu’elle portait. C’est le récit de son émancipation par la mode : des contraintes du corset et du tailleur de l’époque édouardienne, qu’elle a d’abord endossés avant de s’en affranchir, à sa vision radicalement révolutionnaire du tailleur, désormais enfilé avec aisance et porté avec désinvolture. Les identités se revêtent, se nourrissent mutuellement, se détournent parfois — ou se rejettent et se combattent. Elles laissent derrière elles les traces de leurs incarnations précédentes : les lignes des baleines, le mouvement d’une basque, le ruché d’un col, la courbe d’un corsage — autant de spectres de vies passées. Son exploration du vestiaire masculin fait son retour, dévoilant à la fois sa construction et sa déconstruction : les tenues formelles masculines de jour et de soirée sont coupées à bords bruts comme des gilets, portées avec des pantalons, ou réinterprétées en tailleurs-jupes crayon. L’univers masculin fait place au féminin avec des robes de soirée inspirées des années 1930, brodées depaillettes et coupées dans le biais, ou tricotées et brodées de perles, si légères qu’elles se portent avec la simplicité d’un t-shirt. Au cœur de chacun se jouent les paradoxes du féminin. Et pourtant c’est peut-être le flou qui est le plus saisissant lorsqu’il imite la course des nuages, effet obtenu grâce à la superposition de voiles transparents de soie imprimée de différentes épaisseurs et à des coupes amples. Du matin jusqu’à la tombée de la nuit, les silhouettes dessinent le passage du temps. Figure de liberté, l’oiseau — le martinet ou l’hirondelle, notamment — traverse la collection. Il se pose çà et là, dans le dessin d’un bouton, l’éclat d’un bijou ou le relief d’une broderie. C’est toutefois dans le travail incomparable des tissus, qu’ils soient tissés ou tricotés, que les ateliers révèlent leur talent exceptionnel, donnant corps à une vision de liberté, de mouvement et de légèreté. Ici, la philosophie de Chanel devient non seulement un thème, mais aussi un mode de vie qui a toujours été au cœur de la Maison. Il ne s’agit pas seulement de voir, mais aussi de ressentir. Il en va de même de la liberté. Le dernier chapitre de la collection boucle la boucle, de la lingerie des origines, pensée comme une seconde peau, à une nouvelle expression du tailleur, réinterprété en « tweed smocké ». Innovation saisissante, ce dernier fait écho à la lingerie par sa légèreté naturelle, sa souplesse et la liberté de mouvement qu’offre aujourd’hui son tissu extensible, une prouesse impossible auparavant. Pour autant, il reste fidèle à ce que Gabrielle Chanel poursuivait à travers le vêtement : le mouvement, l’expression de soi, la liberté. Le défilé s’ouvre et se clôt avec le mannequin Dyanira Hurbuscher portant le propre sac 2.55 de Gabrielle Chanel, issu des collections du Patrimoine. Les accessoires prolongent cette même pluralité de récits et d’identités. Les époques se confondent, notamment dans une multitude de sacs à rabat, anciens comme nouveaux. De l’élégance d’un nouveau classique avec son fermoir inspiré d’une chaîne de montre à gousset, en passant par les sacs « nuage » marquant le passage du temps, jusqu’à la minaudière en forme de cage à oiseaux, dont ils se sont échappés : un objet où le symbole devient langage, aussi léger que puissant. – – « Ce n’est pas une collection patrimoniale ; c’est une collection qui raconte les multiples vies de Gabrielle Chanel. À l’image d’un oiseau, elle a pris son envol, et chacun de ses pas l’a menée vers la liberté. » Matthieu Blazy *Mémoires de Coco, Louise de Vilmorin, Gallimard, 1999.
DEFILE LOEWE PRINTEMPS-ETE 2026
“Nous voulons proposer une manière inédite de s’habiller. Comment ce nouveau langage LOEWE prend-il la forme d’un vestiaire ? Nous partons d’une vision, d’un savoir-faire, pour y insuffler du réel et du caractère.” — Jack McCollough et Lazaro Hernandez Au cœur de la collection, les archétypes du vestiaire américain sont repensés et détournés. Des touches baroques viennent enrichir les aplats de couleurs modernistes : volumes évasés à la taille, ceintures aux accents picturaux, drapés et plis. L’histoire de la Maison s’aborde avec légèreté et irrévérence. Un savoir-faire minutieux enrichit la collection, des motifs floraux en relief composés de perles caviar aux pièces en perles de verre réalisées avec Cécile Feilchenfeldt, finaliste du LOEWE FOUNDATION Craft Prize 2025. Le parage du cuir permet de créer des aplats de couleurs dans des matières contrastées, tandis que le Puzzle Featherlight Charm réinterprète une icône de la Maison dans sa version la plus souple à ce jour. Inspirée de l’architecture des arènes, des stades et des théâtres, la structure circulaire du défilé a été conçue avec Casper Mueller Kneer Architects pour créer une énergie collective et un sentiment de proximité et de présence.
DEFILE ALAÏA PRINTEMPS 2027
Alaïa dialogue. La collection Hiver-Printemps 2027 explore les échanges qui constituent l’essence même de la Maison Alaïa : conversations avec les femmes, dialogue avec l’artisanat, mémoire de l’histoire et expériences partagées. Dialogue avec les femmes, toujours fondamental. Leurs corps, elles-mêmes. La liberté, une aisance d’être, une expression audacieuse. Les vêtements explorent le rapport entre l’étoffe et la peau, entre la forme et la fonction. Les parois courbes de la scénographie font écho aux courbes féminines ; l’identité façonne l’environnement. Les silhouettes magnifient la figure qu’elles habillent, célébrant la féminité. Dialogue avec le temps. La lemniscate de l’infini — ce symbole en forme de huit — exprime l’éternité, sans commencement ni fin. Cette idée se reflète visuellement dans des vêtements qui enveloppent et dévoilent, à travers des gestes à la fois simples et complexes. C’est aussi l’emblème d’une intemporalité qui définira toujours Alaïa. Dialogue avec Azzedine et avec la Maison, dans une continuité reliant passé immédiat et lointain. Les échos de l’héritage, mêlant codes anciens et nouveaux, témoignent du respect, de la continuité et de l’ouverture vers l’avenir. Fragments de références et gestes fondateurs — coutures, silhouettes, couleurs, méthodes de travail qui façonnent l’invisible, attitudes — sont presque imperceptibles, pourtant toujours présents, vivants comme un pouls. Dialogue avec la création. L’excellence du façonnement peut devenir un code identitaire de la Maison, une raison d’être. Chaque pièce témoigne d’un dialogue avec les artisans et le savoir-faire de la Maison. Douceur et drapés évoquent la main humaine ; le jersey se torsade. Le cuir et les plissés en maille animent les surfaces par leur texture. Les bijoux et les décolletés acérés des chaussures traduisent une quête d’excellence commune à tous les métiers. L’artisanat est au cœur de tout. Dialogue avec le présent. Des installations vidéo créées spécialement par l’artiste américain Julian Klincewicz entourent l’espace, mêlant images enregistrées et temps réel pour offrir une vision aux multiples facettes de la femme Alaïa. Les silhouettes se déplacent au milieu d’une foule debout, transformant la dynamique de l’ensemble.Elles deviennent les contemporaines d’un public à nouveau placé dans un dialogue physique. Visions fugaces : le mouvement de ces corps qui passent recèle une éphémérité intrinsèque et contradictoire, alliée à des vêtements conçus pour durer éternellement.
Défilé Valentino Antibiblioteca Printemps/Été 2027
« Umberto Eco appartient à cette catégorie rare de savants encyclopédiques, perspicaces et nullement ennuyeux. Il possède une vaste bibliothèque personnelle (contenant trente mille volumes) et classe les visiteurs qui viennent la voir en deux catégories : ceux qui réagissent en disant : “Ça alors, professeur Eco, quelle bibliothèque ! Combien de ces livres avez-vous lus ?”, et les autres – une très petite minorité – qui comprennent qu’une bibliothèque personnelle n’est pas un appendice destiné à flatter son propre ego, mais un outil de recherche. Les livres lus ont beaucoup moins de valeur que les livres non lus. Une bibliothèque devraitcontenir tous les livres portant sur des sujets inconnus que vos moyens financiers, les mensualités de votre emprunt et les difficultés du marché immobilier vous permettent d’acheter. À mesure que vous vieillirez, vous accumulerez davantage de connaissances et davantage de livres, et le nombre croissant de livres non lus sur les rayonnages vous regardera d’un air menaçant. De fait, plus vous en savez, plus les rangées de livres non lus s’étendent. Appelons l’ensemble de ces livres : une antibibliothèque. » (Nassim Nicholas Taleb) Lorsque Nassim Nicholas Taleb parle de la bibliothèque d’Umberto Eco dans The Black Swan, il ne s’attarde guère sur les livres qu’Eco avait lus. Ce qui le frappe, c’est plutôt l’immense quantité de volumes qu’il n’avait pas encore ouverts : une antibibliothèque dont la valeur ne réside pas dans les connaissances déjà acquises, mais dans la présence tangible de tout ce qui n’est pas encore connu. L’antibibliothèque n’est donc nullement un monument à la gloire de l’érudition, mais un instrument de recherche dans lequel les livres non lus constituent la partie la plus précieuse de la collection : une forme de capital cognitif potentiellement illimité qui maintient ouverte la possibilité de nouvelles découvertes. En ce sens, l’antibibliothèque se rapproche de cette pratique qui, au Japon, porte le nom de tsundoku (積ん読) : cette habitude consistant à acheter des livres et à les laisser s’accumuler sans les lire. Ce qui pourrait apparaître comme une forme de procrastination prend ici une tout autre signification. Ces livres ne sont pas des objets inutilisés, mais des présences témoignant de ce que le monde excède la connaissance que nous en avons. Chaque volume n’ayant pas encore été ouvert, avec son parfum de papier encore intact, constitue un rappel de l’existence d’autant de vies, d’idées et d’histoires attendant d’être rencontrées : une promesse de bonheur maintenue en suspens. Ces réflexions sur l’antibibliothèque me reviennent souvent à l’esprit lorsque je pense à la mode. Chaque saison, des vêtements destinés à embrasser des trajectoires fort différentes sont conçus et réalisés. Certains ne traverseront l’espace du défilé qu’une seule fois ; d’autres continueront principalement à vivre à travers les images qui conservent la trace de leur fugace apparition ; d’autres encore entreront dans les garde-robes pour y demeurer presque intacts, conservés comme des reliques. Ce sont des objets qui peuvent habiter la vie de beaucoup sans nécessairement être portés : leur existence s’accomplit aussi ailleurs – dans le regard, dans le souvenir, dans l’image – avant même de s’inscrire sur le corps. Et pourtant, il serait réducteur d’en mesurer la valeur exclusivement à l’aune de leur usage. Comme les livres non lus qui peuplaient la bibliothèque d’Umberto Eco, ces vêtements semblent appartenir eux aussi à une dimension qui excède la logique de la fonctionnalité et de la consommation. Ils constituent une réserve joyeuse de formes, de sensibilités esthétiques, de silhouettes et de manières d’habiter le corps qui peuvent ne jamais trouver leur pleine actualisation et qui contribuent néanmoins à élargir le champ de l’imaginable. Pour cette raison, un défilé peut être conçu comme une sorte d’antibibliothèque visuelle : une archive de potentialités expressives acquérant sa consistance propre en vertu même de sa non-actualisation. Comme nous le rappelle Giorgio Agamben, la puissance n’est pas un simple manque destiné à disparaître en se réalisant dans l’acte, mais cette capacité de maintenir actives toutes les possibilités qui lui sont propres, en conservant son efficace même lorsqu’elle demeure inopérante. Bien plus, une puissance qui s’épuiserait entièrement dans son actualisation perdrait précisément ce qui fait d’elle une puissance. Beaucoup des vêtements que nous voyons dans un défilé relèvent précisément d’une telle condition. Leur signification ne s’épuise pas dans la définition d’une valeur d’usage, mais s’étend plutôt à ce qu’ils rendent pensable. Dans ce cadre, la mode n’intervient pas seulement sur le présent de la consommation, mais sur une réserve de virtualités qui excède continûment sa réalisation. Même les vêtements que nous ne porterons jamais, à l’instar de ces livres encore fermés sur les rayonnages, continuent de nous parler des vies que nous aurions pu vivre. Non comme un regret, mais comme une promesse. Parce que leur simple présence en tant que possibilités rend le monde plus vaste, plus riche, plus habitable. Au fond, une part de notre bonheur naît peut-être précisément de là : de cette faculté, profondément humaine, d’élargir continûment le champ de nos imaginaires et d’habiter, ne fût-ce qu’un instant, des mondes qui n’existent pas encore – ou qui, peut-être, n’existeront jamais. Alessandro
Défilé ELIE SAAB Prêt-à-porter Printemps-Été 2027
Inspirée par l’allure naturelle de Jean Harlow et puisant dans la passion d’ELIE SAAB pour un glamour intemporel, la collection Prêt-à-Porter Printemps-Été 2027 d’ELIE SAAB évoque une femme qui laisse parler ses émotions et ressent la beauté du monde à même la peau. Des robes fluides épousent le corps avec une intimité délicate ; des doublures qui s’échappent, des finitions en dentelle et des ourlets asymétriques suggèrent une élégance qui se laisse aller. La superposition sensuelle de pièces faciles à enfiler et à retirer est au cœur de cette silhouette résolument féminine. Un trench ample se noue sur une cascade de jupes midi en voile transparent. Des brassières ornées s’associent à des jupons assortis, ou encore à des jupes et des hauts en résille scintillante. L’équipe de création puise idées et références dans les archives de la maison, conservées à la Fondation Elie Saab à Beyrouth, a-t-il ajouté. Le timing est également idéal, la maison s’apprêtant à lancer une collaboration grand public avec H&M le mois prochain. Ce projet transposera les codes de la maison Saab dans des pièces destinées à une clientèle plus jeune et « brisera les barrières pour le public qui percevait Elie Saab uniquement comme une marque de haute couture inaccessible, réservée au rêve », a expliqué Elie Saab Jr., PDG de l’entreprise.
DÉFILÉ CELINE Été 2027
« Nous fonctionnons beaucoup à l’instinct ; c’est notre façon de faire. » C’est ainsi que Michael Rider, directeur artistique de Celine, décrit la méthode créative de son équipe après son défilé printanier spectaculaire. Il a le don d’attirer le regard là où on ne l’attend pas lorsqu’on observe ses créations : qu’il s’agisse d’une ceinture fine comme un lacet sur un manteau volumineux aux allures de pièce de tailleur, d’un bracelet rigide en argent de la taille d’un melon soulignant une robe ajustée, d’un pli volontaire sur la fente arrière d’une veste à la matière légère et craquante, ou encore de la coupe légèrement décalée de petites robes noires. Il a privilégié des tissus au fini satiné — souvent à la tenue rigide — ainsi qu’une prédominance de noir et de bleu nuit. Cela conférait à la collection une allure séduisante et soignée, tout en maintenant ses silhouettes dans un entre-deux subtil entre élégance et décontraction grâce à des détails inattendus : une basket volontairement usée, un serre-tête original, un pantalon sarouel à motif bandana, ou encore un t-shirt de concert graphique porté sous un tailleur-pantalon en satin blanc, brisant ainsi la référence immédiate au style de Bianca Jagger. Cette approche spontanée et sans artifice, propre à sa vision chez Celine, s’étendait jusqu’au lieu du défilé : les invités étaient installés sur des bancs serrés, sous une immense toiture de chaume érigée dans la cour verdoyante d’un musée. À l’instar de son défilé masculin sensationnel organisé à Paris en juin dernier, cette collection défiait toute classification : elle oscillait constamment entre austérité minimaliste et esprit bohème, sans jamais basculer totalement dans l’un ou l’autre camp. Le chic décontracté et introspectif de Rider apporte un vent de fraîcheur. Après près de deux ans à la tête de la maison, il a déjà réussi à fusionner des influences disparates : le riche héritage du chic parisien de Celine, les ères contrastées de Phoebe Philo et d’Hedi Slimane, ainsi que sa propre sensibilité pour le sportswear américain, façonnée par sa nationalité et ses années passées chez Polo Ralph Lauren.
Défilé prêt-à-porter femme Givenchy par Sarah Burton Printemps-Été 2027
« Je souhaitais insuffler un sentiment d’équilibre et de clarté. Un vestiaire qui apporte précision et simplicité à la manière de s’habiller, alors que nos vies évoluent à un rythme effréné, entre perspectives multiples et mouvement perpétuel. » – Sarah Burton
Défilé Balenciaga Printemps-été 2027
« Les Coraux de la Liberté », une sculpture textile monumentale de l’artiste française Aude Franjou, était suspendue au centre du défilé Balenciaga printemps-été 2027. Réalisée en lin enroulé, sa structure ramifiée, déclinée dans des nuances allant du jaune pâle au rouge, incarnait la vision de Pierpaolo Piccioli : celle d’une maison conçue comme un écosystème vivant et respirant. Le défilé s’est ouvert sur une silhouette fusionnant les deux facettes de la collection : une chemise boutonnée restructurée avec une taille corsetée et un ourlet festonné, clin d’œil à la silhouette basque chère à Cristóbal Balenciaga. Un jean blanc et des talons en PVC conféraient une allure quotidienne à cette référence à la haute couture. La couleur, élément central du travail de Piccioli, a dynamisé la collection. Une série de tenues blanc cassé a laissé place à des teintes plus audacieuses et des silhouettes plus expressives, à l’instar d’un tailleur-jupe décontracté, marqué à la taille par une large ceinture souple vert sarcelle. Les textures ont été travaillées avec une intention marquée. Des empiècements en dentelle de Calais apportaient structure et relief à des robes fourreau épurées, tandis que des paillettes métalliques illuminaient une robe ample d’un éclat soudain. Des franges animaient les ourlets de manteaux d’apparat ainsi qu’une tenue spectaculaire à une épaule dénudée, où des rangées de pompons orange fluo cascadaient telles du corail. Même les pièces les plus simples recelaient des détails singuliers. Un t-shirt blanc en tissu semi-transparent se voyait agrémenté d’un basque volanté, le propulsant vers le vestiaire du soir. Des chemises Oxford immaculées étaient rentrées dans des jeans taille basse à l’aspect très usé, tandis que des vestes à col montant aux lignes acérées étaient associées aux sacs City et Rodeo, laissés volontairement ouverts. Il s’agissait de pièces essentielles d’une garde-robe moderne, retravaillées avec précision, mais conservant des traces de l’esthétique imprégnée de streetwear défendue par Demna au sein de la maison. Piccioli trace sa propre voie pour enrichir cet héritage, en faisant dialoguer ces codes du quotidien avec sa sensibilité couture — et celle de la maison. La collection présentait cette créativité comme un échange : à la fois entre le prêt-à-porter et la haute couture, et entre la main du créateur et le corps. « Personne ne brille seul », a écrit le créateur dans les notes du défilé. « Tout comme les coraux — qui, depuis plus de 160 millions d’années, ne révèlent leurs couleurs que grâce à une symbiose profonde avec les zooxanthelles — nous-mêmes et les idées que nous portons avons besoin de deux éléments fondamentaux pour nous épanouir : la protection et l’échange réciproque. »
Défilé Chloé Printemps-été 2027
Lors d’un défilé empreint de légèreté, d’assurance et d’une pointe de nostalgie, Chemena Kamali a exprimé son amour pour la marque. Au gré du récent jeu des chaises musicales dans la mode, certains directeurs artistiques ont atterri dans des maisons historiques dont l’identité ne s’accordait pas avec leur propre esthétique ou leur expression créative naturelle. Libre à chacun d’établir ses propres classements, mais il est peu probable que Chemena Kamali y figure souvent ; en effet, elle vit, respire et incarne Chloé avec une justesse saisissante. Pour son défilé Printemps 2027 — empreint d’assurance et de légèreté, et qui, tout comme celui de Saint Laurent plus tôt dans la semaine, a pris des allures de chant du cygne officieux —, elle a mis à l’honneur ses obsessions pour Chloé. Celles-ci sont nombreuses et variées : du style lingerie aux vêtements d’extérieur façon cape, en passant par la tailoring à encolure arrondie et, surtout, la broderie anglaise. Elle a appliqué cette technique de broderie sur du coton craquant, de la mousseline aérienne et de l’organza structuré pour créer des blouses, des robes aux allures de chemises de nuit et des hauts évoquant des harnais, tout en apposant les œillets caractéristiques de la broderie anglaise sur des sacs à main en cuir et des bottes hautes. Aux premières silhouettes en broderie anglaise, elle a superposé d’autres textures féminines : dentelle guipure, fleurs en relief (3D), perles et pompons en soie — une accumulation de techniques couture qui fait également partie de l’héritage de la maison. Les créations de Kamali peuvent être richement ornées, et donc très onéreuses, mais c’est là où mènent les passions. Les encolures constituent une autre de ses obsessions ; elle a ainsi intégré tous les styles romantiques : décolleté en cœur, encolure bateau, encolure arrondie et épaules dénudées. « Lorsque j’imagine une silhouette, je pense d’abord à l’encolure, puis je descends vers le bas du corps », a-t-elle expliqué. Pour les vêtements d’extérieur, elle a étudié la tenue des pêcheurs — d’où ces cirés jaunes et ces chapeaux souples à très larges bords — mais s’est aussi inspirée des lunettes de soleil Chloé pour créer des capes transparentes aux teintes fumées, aussi spectaculaires que pratiques. La créatrice d’origine allemande a su faire revivre avec brio la nonchalance solaire, la féminité naturelle et l’élan de jeunesse propres à Chloé, tout en multipliant les clins d’œil aux deux périodes durant lesquelles Karl Lagerfeld a façonné l’identité de la marque. Son tableau d’inspiration pour cette saison incluait l’un des premiers ensembles qu’il avait dessinés pour la maison en 1972 : un modèle blanc aux bords festonnés. Kamali connaît cette image par cœur. Rappelons que Kamali a débuté sa carrière dans la mode chez Chloé en 2007 au sein de l’équipe de Phoebe Philo, avant de travailler pour des maisons telles qu’Alberta Ferretti, Strenesse et Lanvin. Elle a ensuite réintégré Chloé en 2013 en tant que directrice du design sous la direction de Clare Waight Keller, poste qu’elle a occupé jusqu’en 2016 avant de rejoindre Saint Laurent comme directrice du design du prêt-à-porter féminin, aux côtés d’Anthony Vaccarello. Le défilé de jeudi était empreint d’une touche personnelle et d’une certaine nostalgie, rythmé par des chansons chères à Kamali ; pour le final, elle a choisi le titre de 1968 d’Hildegard Knef, « Für mich soll’s rote Rosen regnen » (soit « Qu’il pleuve des roses rouges pour moi »). Dans ses notes d’intention, Kamali a décrit ce défilé comme « l’expression du cœur et de l’âme de la maison ».