UNE SAISON CHEZ DIOR

Publié aux éditions Flammarion, l’ouvrage Une saison chez Dior nous invite à découvrir le 30 Montaigne en 1956-1957, année marquée par la disparition de Christian Dior. Jeune Allemand de 21 ans, originaire de Brême, Jürgen Michaelsen est recruté « miraculeusement » – selon ses mots – par Christian Dior lui- même, pour travailler au Studio, le saint des saints de la Maison où a triomphé, en février 1947, le New Look. Dès lors, il découvrira la haute couture française, dans ce berceau de l’élégance parisienne.

Lors du « baptême » des modèles de la collection à laquelle il a participé, la ligne Libre, Monsieur Dior le baptise « Yorn » : un nom qui sonne comme une griffe, un signe prémonitoire du créateur qu’il deviendra, bientôt à la tête de sa propre Maison.

« Ce qu’il y a de plus stimulant dans le récit d’une vie, ce sont les années d’apprentissage », écrit Monsieur Dior dans son autobiographie Christian Dior et moi**. Une saison chez Dior saisit ce moment précis : celui d’un regard qui se forme, d’une vocation qui prend corps, d’une liberté intérieure qui s’affirme.

À travers ce témoignage précieux, Yorn Michaelsen compose un portrait sensible de Christian Dior – discret, bienveillant, généreux, visionnaire – et restitue l’éblouissement d’une année fondatrice. En filigrane affleure aussi une profonde reconnaissance : celle d’un jeune homme à qui l’on a ouvert une porte, et qui revient, des décennies plus tard, sur ce geste décisif. Il fait revivre le 30 Montaigne d’alors, dans toute son effervescence : le Studio, les Ateliers, les premières d’atelier, les petites mains, les mannequins, les vendeuses, « l’état-major » de la Maison… toute une constellation de talents et de présences qui, ensemble, donnent vie au rêve Dior.

Illustré d’un reportage photographique de Loomis Dean réalisé pour le magazine Life cette même saison, le livre retrace l’élaboration d’une collection de haute couture. Au fil des images se dévoile le quotidien du Studio, ce cœur créatif, laboratoire des idées où naissent les modèles, avant d’être confiés aux mains expertes des Ateliers. Les clichés de Richard Avedon, Henry Clarke, Willy Maywald, Mark Shaw ou encore Henri Cartier-Bresson, associés à des archives inédites de Dior, donnent une matière visuelle rare.

Une saison chez Dior ne parle pas seulement de mode. Il raconte aussi une génération qui observe, assimile, puis ose tracer sa propre trajectoire. Après Dior et, notamment, Madame Grès, auprès de qui il œuvre comme modéliste, Yorn Michaelsen poursuit son chemin et devient, en 1962, le premier créateur allemand à ouvrir une maison de haute couture à son nom sur les Champs-Élysées, au numéro 144.

Ces pages portent une idée simple : créer, c’est rester libre, curieux et joyeux. Une manière d’habiter l’héritage sans le figer, que Jonathan Anderson fait aujourd’hui résonner chez Dior avec un nouvel élan.

Une histoire de transmission : celle d’un jeune homme passionné qui apprend à voir et déjà à donner vie à ses rêves.