JIL SANDER | PRINTEMPS-ÉTÉ 2027

La perfection est fragile. C’est rarement, voire jamais, un état permanent ; c’est sans doute pourquoi l’imperfection est si charmante, si séduisante, si invitante, si dynamique.

Pour cette nouvelle collection JIL SANDER, Simone Bellotti continue de détourner les codes de la maison tout en leur vouant un profond respect. Ce sont les contradictions qui le stimulent. « Créer une collection, c’est comme faire une thérapie », dit-il. « On démonte les choses pour comprendre ce que l’on veut garder. Puis on les réassemble. »

Le mouvement se propage par vagues : avancées et retraits. Le point de départ est l’idée de l’uniforme, si profondément ancrée dans le langage JIL SANDER : rigoureux, précis, maîtrisé, expression de l’ordre et de la puissance. Très vite, des interférences surgissent, tels des points d’interrogation au sein du système : elles le déstabilisent et font avancer les choses. L’uniforme devient vulnérable. Et la vulnérabilité, à son tour, devient l’uniforme.

Le rythme est à la fois perturbateur et précis : construction, déconstruction, reconstruction. Le tailoring impose la discipline initiale, pour ensuite être progressivement distordu. Les lignes se décalent, les plis s’enroulent autour du corps, les superpositions se contredisent ; les volumes s’amplifient tout en se resserrant. À mesure que la vague monte, la retenue se relâche. La maille se froisse, les ourlets raccourcissent, les robes aux teintes pâles se plissent et se froncent, s’éloignant du corps pour créer des volumes improbables et une légèreté monumentale. Le travail de la matière laisse place à l’instinct là où la raison dictait sa loi ; l’excès s’invite, lui aussi, là où il n’aurait peut-être pas dû être.

La couleur surgit comme une autre interférence, ponctuant le code austère des tons neutres et feutrés propre à JIL SANDER. Un paysage japonais ancestral, image d’une paix idéalisée, est écrasé jusqu’à ce que son immobilité picturale devienne abstraite. Telle une apparition inattendue sur l’écran d’un téléphone, il interrompt le flux. Le hasard, suggère Bellotti, peut renforcer la conviction. « Face à ce qui semble incohérent, on comprend plus clairement ce que l’on désire. » Les accessoires obéissent à cette même logique d’instabilité : les chaussures pointues affichent une allure sévère et allongée ; les chaussures plates à lacets sont bousculées par des structures souples ; les sacs géométriques se plient et s’affaissent, révélant des éclats de couleurs inattendues.

Au terme du mouvement, ce qui a été distordu retrouve un équilibre, mais pas tout à fait à son point de départ. La rigueur a absorbé la vulnérabilité. L’uniforme est toujours là, son autorité n’est plus absolue.